Le pépé d’Onésime – Agenda Ironique d’Avril

Les règles du jeu chez Carnets Paresseux  (https://wordpress.com/read/feeds/16382982/posts/2647785980)  :
des fonderies et stéréotypie de François-Nicolas Gromort. Ce qu’on en fait ? on en choisit au moins trois, au plus tant qu’on veut, on les range dans un sens ou dans un autre et on raconte l’histoire qu’elles racontent, en suivant l’ordre des images. Poème, rébus, conte, chanson, feuilleton en X épisodes, on peut faire tout ce qu’on veut tant qu’on ne perd pas le fil et qu’on s’arrête bien le dimanche 26 avril. Agenda ironique oblige, une goutte de calendrier, un soupçon de temps qui passe et une pointe d’ironie seront bienvenues. Et puis quelques mots imposés – qu’on pourra oublier ou contourner – giboulée, zébu, cognassier et riboulaine (ce qu’il veut dire, celui-là ? ça sera l’occasion de l’inventer).

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ONESIME A LA RECHERCHE DE SES ORIGINES

L’arrière-grand-père d’Onésime n’était pas d’origine européenne. Il était arrivé des îles lointaines, un 20 de Brumaire de l’An 14 à bord du « Toussaint », un vieux trois mâts aux armoiries indistinctes, après avoir essuyé une tempête effroyable. Pas une simple giboulée, non, un phénomène météorologique hors normes : des éclairs zébrant le ciel tel la foudre de Zeus, des nuages en tornades, des vagues en forme de murs, comme un signe de fin du monde….

C’est dire que Pépé n’était pas frais lorsque l’équipage accosta…….

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Onésime avait toujours entendu parler de cette histoire qui lui apparaissait comme une légende et qui se racontait dans la famille, lors des longues soirées d’hiver devant la cheminée.

Et puis un jour il avait trouvé, dans une malle, au grenier, un cahier rempli de notes calligraphiées avec soin et qui détenaient des trésors d’information.

Il avançait donc coûte que coûte dans les méandres de ces souvenirs, aussi fabuleux que farfelus.

Pépé s’appelait Brutus PATAPAPIER. Agriculteur de métier, il avait longtemps roulé sa bosse. Un jour, las de ses aventures, il décida de réaliser son rêve et d’aller s’installer là-bas, de l’autre côté de l’océan.

Passionné d’agriculture, il emporta avec lui un plan de cognassier qu’il espérait replanter ailleurs, plus tard.

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Il lui donnerait son nom et deviendrait célèbre, scellant ainsi son ancrage sur ces nouvelles terres à la conquête desquelles il partait.

Il entreprit le chemin qui le mènerait au Port le plus proche à dos de zébu, calant son maigre bagage sur la bosse du bovidé. Il avait emporté pour se sustenter une énorme portion de riboulaine. C’était un plat insulaire fait de riz en boule que l’on cuisait après l’avoir roulé dans un bas de laine, d’où l’origine de son nom. Brutus s’appliquait à noter dans son cahier les moindres détails, y compris ces improbables recettes qui feraient deux siècles plus tard les délices de grands chefs cuisiniers……

Bref, revenons au voyage : Brutus emporta donc de la nourriture mais rien à boire, car il était parfaitement conscient que, selon le vieil adage, « quand zébu, z’ai plus soif ».

A cet instant de sa lecture, Onésime s’interrompit pour réfléchir à la profondeur de ce qu’il venait de lire …. ça le laissa profondément père-plexe, ou plutôt arrière-grand-père-plexe !!!

Il reprit, se plongeant, si l’on peut dire, dans les détails de la traversée : le zébu resté à quai, les rats montés à bord, le cognassier qui résistait, les vieux matous nauséeux qui miaulaient, le sac de jute sur lequel Brutus dormait…. et les nuits dantesques avant d’accoster.

Onésime était fasciné : c’était un peu de sa préhistoire qui s’écrivait : Brutus PATAPAPIER arrivé d’on ne sait d’où à dos de zébu, puis en nausée, avait osé !!!

Le cognassier, il l’avait planté, et bien d’autres encore sur le petit lopin de terre qu’il avait acheté. Il avait longuement labouré, cultivé, greffé.

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Et Brutus, le roi du coin, était devenu l’empereur des coings !!!

  • « Onésime, viens manger ta confiture !!!

A regret Onésime referma le chapitre des coings et posa le cahier dans un coin. Il prit le temps de noter, avant d’aller goûter, quelques mots-clef en guise de résumé :

PÉPÉ → ILE → COGNASSIER → ZEBU → LE TOUSSAINT → ACCOSTAGE → LOPIN → COIN → ROI DES COINGS .

Il comprenait enfin pourquoi la fabrique familiale portait le nom « LE ZEBU DES ILES ». Lui aussi, un jour, serait un grand confiturier………..

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Ça vous a plu ?

Finir sur une note sucrée,

ça adoucit la soirée…..

les confitures

ça fait du bien quand les temps sont durs !

Bonne semaine

Gibulène – A.I. Avril 2020

35 commentaires sur “Le pépé d’Onésime – Agenda Ironique d’Avril

  1. Bon jour,
    J’ai a-do-ré 🙂 La genèse de la famille d’ Onésime (me rappelle ce moment inoubliable de « Onésime l’écriberlu » ) qui nous mène de branche en branche de l’origine au présent avec la fameuse riboulaine et la renommée de cette adage :  » « quand zébu, z’ai plus soif » » …
    Bref, l’arbre généalogique d’Onésime est d’un beau feuillage … il suffirait de peu de constituer la totalité romanesque puis l’éditer pour notre plus grand bonheur futur, diantre ! 🙂
    Max-Louis

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  2. Oh merci Max-Louis ! je suis heureuse de ton enthousiasme ! regrouper tous les épisodes d’Onésime dans un livre ? voici ce qui nous laisse de nombreux agendas ironiques à remplir mais ta fidélité et ta mémoire me touchent ! Bonne soirée et merci surtout !

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  3. Hélène j’ai beaucoup aimé, mais que diantre, j’espère qu’il ne faut pas aller au coin pour manger sa tartine de confiture …
    et tant pis pour moi si z’ai plus soif, c’est parce que j’ai sans doute trop zébu …
    Bonne fin de soirée.

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    1. Merci Monique, c’est la règle du jeu, et si tu lis les autres textes ils rivalisent tous d’originalité ! l’Agenda Ironique est un lieu tellement convivial ! Bisous et merci de ton com

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  4. coucou Jany tu as trouvé la porte pour entrer ici !!! l’idéal ce serait de voir tous les textes de l’Agenda Ironique sur le même thème. On s’amuse bien sur les blogs. Bisous merci du passage ❤

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  5. J’ai vraiment adoré lire cette histoire qui se lit comme un roman d’aventures et la recherche de ses origines par un gamin qui se prend à rêver devant tous les détails notés par son ancêtre.
    Moi-même, je me suis représenté l’arrière-grand-père faisant sa traversée au milieu des odeurs, des chats et des rats et bien sûr de son cognassier qui fait de la résistance ; un arrière-grand-père qui a soif et qui se met à faire des jeux mots malgré la situation. Le début du délire sans doute ?
    J’ai éclaté de rire en lisant la recette de la riboulaine. J’ai imaginé cette boule riz cuite après avoir été placée dans un bas de laine ! Je serais curieux de connaitre le goût de e plat insulaire. Epicé ? Relevé ? Fade ?
    Toujours est-il que d’appendre que plus tard même les grands chefs cuisiniers en feraient leurs délices, je me demande si je n’ai pas mangé de cette riboulaine à mon insu sous un autre nom.
    Bref, s’exiler avec son cognassier a réussi à cet aïeul puisqu’il a fait fortune. Reste à savoir si Onésime n’en a pas marre de cette confiture et qu’il ne préfère pas se délecter avec les aventures du pépé Brutus.
    Ce fut vraiment un excellent moment comme à chaque fois que je passe sur une de tes pages que ce soit pour des photos de maisons, de fêtes au village ou d’histoires toujours captivantes.

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  6. quel beau commentaire une fois de plus ! toi qui es le roi des récits…. il est vrai que les tiens sont plus…. réels 😀 Pour info la ribouline venant des Iles il me semble qu’elle s’accompagne d’une pointe de Curry. mais c’est souvent du riz parfumé tel que le basmati que l’on utilise……. Ça vaudrait le coup d’aller au bout de la folie et d’essayer, sur les traces de PP
    Merci de tes passages et de ton enthousiasme Yann, un peu de sourire dans ces journées sempiternelles.

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    1. Que veux-tu, j’aime les gens qui écrivent bien, qui ont un style bien à eux et qui savent faire voyager à travers leurs récits.
      Les miens peuvent être des récits de voyages vivants mais j’en ai écrits qui sont sortis de mon imagination et qui font tout autant voyager.
      Je peux partir d’un fait réel, un fait vécu et en faire une histoire agrémentée d’humour et plus romancée.

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      1. c’est déjà énorme ! et bien écrit aussi ! je m’exerce un peu avec tous ces jeux car je suis plus branchée poésie que textes… mais j’y prends goût. Une partie de mon boulot était la prise de compte-rendus, la formation a été bonne. Mais j’aurais aimé une carrière dans l’Edition ou le journalisme….. j’adore les mots et je crois qu’ils me le rendent. Ceci dit il y a dans nos blogs des pépites à tous les niveaux, quels que soient nos talents individuels. Merci pour tes compliments.

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      2. Tout comme toi je suis branché poésie mais j’aime aussi écrire des histoires. Adolescent, ma maîtresse ou mes professeurs tenaient absolument à ce que je lise mes rédactions ou narrations.
        J’avais horreur de ça parce que j’étais timide et que connaissant les grands auteurs que j’admirais, je trouvais que j’étais nul.

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      3. oui une période terrible, l’école 😦 j’étais déjà tombée dans la marmite, certaines de mes rédactions étaient en alexandrins…… ou du moins ce que pensais en être. C’est bizarre cette manie de ne pas aimer ce qu’on fait dont on a tant de mal à se défaire !

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      4. Tellement de peine depuis samedi. Des moments où j’ai encore du mal à y croire. Il est tellement présent encore quand on lit ses commentaires, par exemple. Et en même temps, il y a un vide 😥

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  7. Comment se fait-il que le grand-père Patapapier ait réussi à échapper au rouleau compresseur des coings de rue, du coing de l’œil, du petit coing de paradis, du café du coing et du coing de la cheminée ? Il avait des amis dans la presse ? Vraiment, il savait y faire, Brutus, et son cognassier bizarre était tellement bien assorti à sa destinée. La délicieuse pâte de fruit ne s’étale-t-elle pas au rouleau ?
    Sacré Brutus ! M’étonne pas qu’avec un aïeul comme lui vous ayez hérité, avec L’Onésime, d’un talent tout particulier de « conteurs aux coings du feu.
    Bravo pour cette jolie griffe préhistorique. Quel bon coing que l’île aux zébus quand il n’a plus soif.

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  8. c’était un malin pas coing-cé Jo. il avait le regard en coin, et scrutait tous les coings………….. rien ne lui échappait.
    Mais comme la famille s’appelle PATAPAPIER et non PATACOING, ils ont laissé tomber les rouleaux pour s’orienter vers les confitures, c’est fou, ça tient à un détail le destin !
    Merci de ton passage dithyrambique. Bonne soirée

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    1. On peut dire qu’il savait mettre en boite après ça ! C’est fou ce qu’une tartine peut changer la vie, surtout quand c’est une tartine à la confiture de coing fabriquée chez « Le Zébu des îles ».
      Bien belle journée à toute la p’tite famille des-coings-c’est. 😉

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